Le Moulin Commot, un lieu chargé d'histoire

      Avant tout, il s’agit de restaurer le vrai nom du moulin. Celui-ci se nomme réellement Comeau et non Comot, comme répertorié par la poste ou Commot comme noté sur le cadastre napoléonien de 1840, sur lequel apparaissent déjà les 2 bâtisses du moulin. Ce changement d’orthographe reste un mystère :

Le moulin aurait-il changé de nom sous la révolution française ? Période à laquelle tous les noms d’origines royale et noble mais également d’origine biblique, comprenant les mots saints (Saint Jean, etc.), furent interdits et renommés, afin de faire disparaitre toute appartenance royale et ecclésiastique ?

On peut aussi penser que le nom de Commot provient de la disparition du nom d’origine par le fait de mariage. En effet, la dernière du nom, Jeanne Comeau, par son mariage en 1785 avec Mr Bizouard de Montille, a pris le nom de son époux. Cela a eu pour effet de faire oublier son nom de jeune fille. Lorsque le chargé de recensement pour le nouveau cadastre de 1840 a posé des questions aux villageois sur ce lieudit comportant un moulin, ces derniers, encore très peu instruits à l’époque, ont annoncé le nom de Comeau sans pouvoir l’écrire. C’est ainsi que le chargé l’aurait orthographié Commot et non plus Comeau.

Mais alors pourquoi ce nom et que signifie-t-il ?

      La famille Comeau est une ancienne famille dont l’origine est attestée par la présence d’une pierre tombale en l’église Saint Pierre sur la butte de Pouilly en Auxois, gravée au nom de Herbert Quomiau, écuyer du roi qui trépassa en l’an 1368.

De nombreux textes, titres de noblesse et divers registres, ont permis de reconstituer en partie, cette famille originaire de Pouilly en Auxois. On peut citer Guy Comeau, châtelain à Pouilly en Auxois. Il fut qualifié de « noble Guy de Comeau » au début du 16ème siècle (vers 1520). Ce serait lui qui aurait décidé de la construction du moulin Comeau à Bellenot Sous Pouilly.

Par la suite, un de ses fils, Claude de Comeau, fut écuyer et secrétaire du roi. Puis à son tour un de ses fils, Jean de Comeau, fut anobli en 1602, étant décrit «comme Chatelain de Pouilly en Auxois ; famille distinguée dans la robe et l’épée». Cette distinction prouve l’appartenance de cette famille à la noblesse en place à cette époque. Et encore Jean de Comeau, « écuyer et lieutenant au baillage d’Arnay Le Duc » et ainsi de suite de père en fils, se succédant et faisant perdurer leurs titres de noblesse. Une branche de la famille délaisse Pouilly en Auxois pour s’installer à Créancey (village proche de Pouilly en Auxois dont ils sont seigneurs) et y font construire un château vers 1640. On y trouve notamment « Antoine de Comeau, seigneur de Créancey, Baulme, Panthier et conseiller du roi au parlement de Bourgogne ».

      La famille Comeau est bel et bien une famille de nobles possédant de nombreuses terres dans la région. Il est évident qu’ils n’ont jamais habité au moulin mais en tant que seigneurs de ces terres, les meuniers y travaillant leurs payaient des impôts. Les Comeau résidaient dans leur château de Créancey ou encore dans la maison au centre du village de Pouilly en Auxois (derrière la caisse d’épargne, la vielle maison avec la tour). Il faut comprendre qu’à cette époque, une grande partie du village appartenait à cette famille de nobles. Pour preuve, ce sont eux qui ont fait don au clergé de l’espace nécessaire pour construire l’église, qui est toujours en place actuellement.

Les armoiries aux trois comètes représentant la famille Comeau de Créancey, taillées sur la tour Saint Etienne de Créancey. On les retrouve également gravées dans la pierre en haut de la porte d’entrée de l’ancienne demeure des Comeau à Pouilly en Auxois (la maison avec la tour).

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Les armoiries du château de Créancey représentent les roches de Beaume (falaises). La tour de la chapelle Saint-Étienne construite à l’emplacement d’une tour féodale qui elle-même avait remplacé une tour romane. Les comètes représentent les armes des Comeau, seigneurs de Créancey aux XVIIe et XVIIIe siècles. Par analogie, la première syllabe du nom COMEAU a servi à forger le mot « comète » pour rappeler le patronyme des seigneurs. L’écu a été surmonté d’une couronne murale à trois tours. Les épis de blé symbolisent l’économie rurale locale.

Mais qu’est devenu le moulin ?

      Le moulin était encore en activité au début du 17ème siècle, si on en juge par la présence des meuniers y demeurant et répertoriés sur les actes du registre paroissial de Bellenot Sous Pouilly (« avril 1619, Mr Boulemier meunier au moulin Comeau ; mars 1625 Mr Loidereaul meunier au moulin », etc.).

Puis on trouve dans les registres de naissance de Bellenot Sous Pouilly, des parrains « Comeau » qui sont plusieurs fois nommés : « de 1635 à 1639 Jacques Comeau, de 1648 à 1663 le noble Jean de Comeau, en 1662 est marraine Denise Comeau » …

Le moulin est resté dans la famille Comeau jusqu’en 1851, date de sa première vente par Judith de Montille, petite fille de Jeanne Comeau de Créancey.

A partir de 1836, plus aucun meunier n’est répertorié au moulin Comeau dans les registres locaux. Le cadastre napoléonien montre que le moulin ne possédait plus sa roue et par conséquent, avait dû changer d’activité. Les nombreuses terres qu’il comportait ont ensuite été exploitées par des fermiers et des cultivateurs. Effectivement, le moulin étant construit en bois, il est fort probable qu’il se soit détérioré avec le temps, ou encore qu’il ait été détruit lors de la révolution française, ou encore démonté pour récupérer le bois pour se chauffer. Pour autant, l’explication la plus crédible est sa destruction lors de la construction d’une des rigoles (de 1826 à 1830, cours d’eau qui longe actuellement le terrain du moulin et passe au-dessus de la rivière, qui elle, passe sur le terrain du moulin) du canal de Bourgogne (construction à Pouilly en Auxois de 1824 à 1832).

Et aujourd’hui, que reste-t-il du moulin ?

      Le moulin et sa roue ayant été détruits, il n’en reste que quelques pierres taillées au fond du terrain, près de la rigole. La maison qui reste et qui est aujourd’hui devenue le gîte, était très probablement la maison d’habitation des familles de meuniers qui se sont succédées au fil des années. Ils vivaient en famille et cela nécessitait de grandes bâtisses. Il faut savoir, que les meuniers étaient également fermiers. Les champs ne produisant du blé qu’à la fin de l’été, les meuniers, une fois la farine faite, vivaient de culture et d’élevage. C’est pour cette raison qu’on peut encore trouver dans les murs de la maison, des anneaux et des pierres creusées, servant à attacher les chevaux et les bovins. La bâtisse en face de la maison d’habitation servait d’écuries.

Les recherches effectuées ont démontré que les murs, les enduits et les poutres, seraient d’origine.

On peut voir une technique ancienne de construction grâce aux murs extérieurs de la maison. A cette époque, un rang de pierres était empilé en hauteur, puis derrière ce rang, un deuxième empilement de ce qu’on appellerait aujourd’hui de la « blocaille » (ensemble de pierres de petites à moyennes tailles, pour remplir le vide entre deux rangs de pierres), et enfin, un troisième rang de pierres empilées. Ce qui faisait au final un mur de 90 cms d’épaisseur et permettait une bonne isolation pour l’époque.

Les murs ne sont pas droits et les empilements de pierres sont approximatifs mais pour autant d’une solidité à toute épreuve (preuve en est puisque la maison est encore là aujourd’hui). Les pierres sont grossièrement taillées, elles ne sont pas parfaitement plates et forment un relief important sur les murs. Le fait que ce soit un moulin ne nécessitait pas autant de soins dans la finition, à l’inverse du château de Créancey où résidaient les Comeau et qui devait refléter toute la noblesse et la puissance de cette famille.

L’enduit de ces murs (écuries) serait d’époque car il est constitué de sable, de chaux et de terre. On peut voir qu’il s’effrite facilement entre les pierres qui, pour certaines, tiennent uniquement par leur empilement, et non plus par l’enduit qui s’est délité avec le temps.

Les poutres et les trois fermes qu’elles constituent sont une des preuves les plus probantes de l’ancienneté de cette bâtisse (une ferme est l’ensemble des poutres qu’on peut voir dans l’entrée de la maison mais aussi à l’étage). Il y en a trois qui tiennent à elles seules toute la maison. Elles sont constituées de troncs de chênes entiers, ce qui démontre leur ancienneté. Vous pouvez voir celle qui traverse la maison dans sa longueur, équarrie grossièrement et portant tout l’étage.

Il y a aussi une poutre très surprenante dans la grange (photo ci jointe). C’est un tronc complet mais avec la particularité qu’il comporte une fourche encore entière. L’arbre a été coupé puis posé tel quel pour construire la grange. A cette époque, le peuple devait employer des chênes de haie car les chênes de foret, plus vigoureux et solides, étaient uniquement réservés aux seigneurs et aux notables. Puisque les Comeau faisaient partie des nobles gens, ils avaient la possibilité d’exploiter ces arbres et avaient ainsi de telles poutres dans leurs bâtisses.

          (Photo de la poutre de la grange)

      Le moulin Comeau a nécessité une importante rénovation afin de pouvoir de nouveau accueillir du public. Après avoir été exploité par des meuniers, puis des fermiers et des cultivateurs, de nombreux propriétaires se sont succédés. Certains l’ont entretenu, d’autres non. Une partie des écuries a brulé au début des années 1900 (actuellement le jardin devant la maison). Le moulin est resté à l’abandon pendant quelques années. Certains propriétaires qui ont suivi l’ont rapidement revendu, désabusés devant la somme des travaux à accomplir pour le restaurer.

Pour parvenir au gîte actuel, il a fallu considérablement modifier le terrain autour de la bâtisse pour y intégrer la piscine et les terrasses. Il faut imaginer qu’à l’époque, le terrain derrière la maison touchait les murs de celle-ci, jusqu’au toit et qu’aucune ouverture, ni aucune terrasse, n’existaient de ce côté-ci. Jusqu’en 2000, l’eau du moulin provenait encore du puit se trouvant devant la maison. Un cours d’eau traversait le terrain (de la rigole au boulodrome). Encore aujourd’hui, il réémerge par temps pluvieux et l’hiver.

A ce jour, le moulin Comeau a retrouvé ses lettres de noblesse et la maison des meuniers se trouve quasiment dans son état d’origine. J’ai tenu à ne pas modifier la structure de la bâtisse pour la garder au plus proche de ce qu’elle a pu être à sa grande époque. Il est important pour moi qu’un tel lieu ne tombe pas dans l’oubli et continue de porter son histoire aussi longtemps que possible.